Affiche offcielle du film INVICTUS de Clint_EASTWOOD sur le rôle de Nelson MANDELA pendant la Coupe du Monde de rugby 1995Dès les premières minutes du film, apparaissent rapidement tous les ingrédients pour un divertissement bien calibré : un personnage héroïque proche de la sanctification populaire (Mandela), une belle histoire de tolérance et de réconciliation (à travers l’antagonisme Noir/Blanc), un pays exotique (l’Afrique du Sud), un sport populaire dans le monde entier (le Rugby), un adversaire invincible (les All Blacks), un exploit retentissant au bout d’un suspense insoutenable (la victoire finale des Springboks), deux stars internationales du cinéma (Morgan FREEMAN et Matt DAMON) et, à la baguette, le pape du classicisme cinématographique en la personne de Clint EASTWOOD.

Seule ombre au tableau, le refus de notre grande gloire du marketing rugbystique français, Sébastien CHABAL, de faire partie de la distribution. Choix tout à fait compréhensible dans la mesure où sa participation aurait pu nuire à une éventuelle carrière cinématographique d’un plus haut standing.

Pas de doute donc, Sébastien attend impatiemment le coup de fil de notre Dieu de la tatane, l’unique Steven SEAGAL, pour jouer dans son prochain film. Steven, si tu lis cet article, appelle Sébastien. Tu feras une bonne action, tu peux me croire.

Mais revenons au film. Alors, ce travail de ce cher Clint EASTWOOD ? Au final, peu de surprise…
Néanmoins, quand on connaît la filmographie, en tant que réalisateur, l’innovation visuelle et scénaristique n’a jamais été son credo. En effet, le classicisme est la pierre angulaire de son travail. Il est d’ailleurs l’un des rares à pouvoir se maintenir dans cette voie, tout comme Jane CAMPION, sans s’attirer les foudres des critiques les plus virulents. (Quoique… Voir l’article de Philippe PERSON dans le Monde Diplomatique de Juin 2009 qui s’avère très instructif sur la personnalité et le cinéma d’Eastwood.)

Etrangement, ces deux auteurs en tant que, respectivement président du jury du festival de Cannes et de la Mostra de Venise, ont eu le courage de récompenser deux cinéastes brillant pour leur déconstruction du récit et des codes cinématographiques : TARANTINO avec Pulp Fiction et KITANO avec Hana-Bi.
Toutefois, EASTWOOD, sans être d’une originalité confondante, se révèle d’une efficacité redoutable et ce, toujours au service de l’histoire de son film. Par contre, on peut lui reprocher certaines lourdeurs qui - avouons-le – est indigne de la trempe d’un réalisateur de son niveau.
La multiplication des plans sur l’antagonisme Noir/Blanc puis leur réconciliation et de leur joie partagée est assommante voire indigeste… A moins de dormir tout le long du film, impossible d’y échapper. Quant aux traditionnelles prières et références religieuses de tout bon film américain qui se respecte, EASTWOOD ne coupe pas non plus à la règle. Business is Business…

Morgan FREEMAN et Clint EASTWOOD au milieu de musiciens sud-africains lors du tournage d'Invictus sur le rugby/Journal du Rugby/Warner BrosRien à reprocher cependant à l’interprétation impeccable de Morgan Freeman qui incarne admirablement Nelson Mandela. Généralement d’une grande justesse, Freeman a eu la sagesse d’esprit de se fondre dans ce personnage sans en imiter les traits et mimiques le caractérisant. En route pour les Oscars ? L’Académie aime d’habitude les acteurs se glissant dans la peau d’hommes politiques.
On peut citer Forest WHITAKER et son interprétation d’Idi Amin DADA ou Ben GAZZARA avec GANDHI. Matt DAMON est, quant à lui, beaucoup plus décevant. Reprenant les mauvaises habitudes de son début de carrière, il rencontre des difficultés à insuffler le côté charismatique de son personnage François PIENAAR qui n’en manque pourtant pas dans la vie réelle.
Etrange choix de prendre l’homme élu le plus sexy de la planète en 2007 pour interpréter la gueule cassée, l’aboyeur de service et le guerrier qu’était François PIENAAR sur et en dehors du terrain…

La musique est, dans son ensemble, appropriée au contexte et à la localisation de l’action du film. Je m’explique : généralement, quand un studio américain tourne un film sur l’Afrique noire, la bande-son est composée de musiques sud-africaines. Je tairai le nom, par charité, d’un certain film où les aventures se déroulent en Sierra Leone avec des chants traditionnels zoulous en arrière-fond… Pour faire bref, c’est comme mettre une musique ancestrale viking sur un film parlant de la Sicile…
On ne verrait plus Le Parrain du même œil du coup… Au moins, ici, les Africanistes seront contents même si le cliché n’est pas bien loin. Quant à l’horrible chanson pop lors de l’arrivée de MANDELA sur le terrain d’entraînement, on se demande vraiment qui a eu cette idée saugrenue…

Mais parlons rugby. Après tout, nous sommes sur un site consacré à ce sport. Je dois admettre qu’ EASTWOOD a réussi son coup. Toujours particulièrement difficile de mettre en scène et de filmer le sport collectif au cinéma, le réalisateur a réussi son pari.
Certes, les cadrages sont rapprochés pour être à la fois au cœur de l’action et masquer la mise en scène généralement voyante en plein large. Evidemment, on s’aperçoit que le comédien qui fait le drop de la victoire finale ne doit pas être un grand habitué de ce geste technique…
Mais l’ensemble est tout de même de bonne facture. Enfin, on ne parle pas des ennuis de santé suspects qu’on subit les joueurs français et néo-zélandais la veille et le matin des matchs contre les Sud-Africains. Mais bon, on n’est pas là pour gâcher une belle histoire…

Invictus : Nelson MANDELA (Morgan FREEMAN) dans la prison/Journal du Rugby/Warner BrosPour ma part, l’aspect le plus captivant du film reste sans conteste l’utilisation d’une manifestation sportive à des fins politiques.
Il y a une forme de petite désacralisation de la figure de MANDELA présenté comme un politicien calculateur, cherchant à tout prix la sacro-sainte réconciliation nationale.
Les gens ne le savent peut-être pas mais MANDELA n’était pas très enthousiasme à devenir président de la République sud-africaine.
La Communauté internationale a exercé de fortes pressions sur lui pour qu’il accepte d’accéder à cette fonction.
On avait besoin de la figure de MANDELA pour mettre en place cette politique de réconciliation nationale prioritaire aux yeux des puissances occidentales.
Il ne fera qu’un mandat et est considéré aujourd’hui comme un président de transition mais d’une importance sans égale. Il est d’ailleurs très justement mentionné, par l’intermédiaire de l’employé de maison de la famille PIENAAR, que MANDELA n’avait pas pour mission prioritaire de réduire la pauvreté ou à s’attaquer à la lutte contre le VIH/SIDA. Ces chantiers seront pour son successeur, très technocratique, Mbeki qui connaitra bien d’infortunes sur ces deux sujets…

Alors véritable réconciliation ? Même si le film nous le laisse penser, la réalité est toute autre. Les manifestations peuvent effectivement permettre une certaine symbiose nationale. L’Afrique du Sud en est un parfait symbole avec cette victoire en Coupe du Monde de Rugby en 1995 et la victoire des Bafanas Bafanas en Coupe d’Afrique des Nations l’année suivante. Mais on peut citer également la France « Blacks, Blancs, Beurs Â» suite à la victoire à la Coupe du Monde de Football 1998.
Mais une fois, l’euphorie passée, les problèmes et les rancœurs subsistent. En témoigne, l’invraisemblance croyance de Thabo Mbeki, persuadé durant des années que le SIDA était un complot des Blancs contre les Noirs africains…

Au final, un bon film, sûrement pas le meilleur d’ EASTWOOD mais de quoi passer un bon moment même si on ne connaît absolument rien au rugby !